Denis Brunetti
Au cœur du Proche Orient je couvre pour TF1 et LCI l'actualité et ses crises mais aussi la vie quotidienne et ses surprises. Au delà des reportages de 13H ou de 20H, je veux vous raconter ici d'autres fragments, d'autres photographies de la misère à Gaza, des branches de Tel Aviv ou du bouillonnement du Caire. Ici je ne couvre pas... je découvre .

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Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /Avr /2010 19:41

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Par ces temps où la vie du monde semble passer par les aéroports, voici une petite histoire d'aéroport qui commence à Paris-Roissy et finit à Tel Aviv-Ben Gourion.
 C'est l'histoire qui est arrivé récemment à un couple de Français qui, pour leur travail,  vivent en Israel , font de fréquents allers-retours en France et connaissent à l'aéroport  les procédures  de sécurité .Il ne faut pas arriver trop tard, les contrôles sont souvent tatillons, particulièrement en empruntant les avions de la compagnie israélienne El Al, car à Roissy, comme à Ben Gourion, des agents de sécurité filtrent chaque voyageur à travers un interrogatoire plus ou moins long pour établir son "niveau de sécurité", de 1 à 6.  Selon que l'on est Israélien ou non, Juif ou non (la religion n'est pas vraiment demandée,ce serait interdit par la loi,  mais on vous demandera  habilement si votre père, votre grand-père s'appelle Pierre, Moshé ou Mohammed), seul ou en famille, jeune ou moins jeune, d'origine arabe ou non, les questions seront plus ou moins longues, précises et les bagages éventuellement fouillés, passés  objet par objet au détecteur d'explosif . On ouvrira peut-être le tube de dentifrice, la bouteille de vin etc .Les voyageurs en groupe sont interrogés séparément  et les versions croisées. On comprend que par exemple, un jeune, voyageant seul,et si qui plus est,  d'origine arabe, sera vite classé dans les "suspects", tandis qu'une famille juive, venant en vacance voir des parents en Israel, en sera généralement quitte pour quelques vérifications bénignes. 

Les agents de sécurité sont certes jeunes, souriants, répètent qu'il s'agit uniquement de procédure, mais si à Roissy, interrogatoire et fouille durent parfois une heure, à Ben Gourion, cela  peut se poursuivre avec un double interrogatoire de la police, une fouille des bagages, et jusqu'à la fouille à corps, en sous-vetements, et pour les femmes jusqu'à la vérification des baleines de soutien-gorge ou de l'élastique de la culotte. Cela dure parfois si longtemps au départ qu'un agent vous accompagnera finalement directement à l'avion pour ne pas le rater et qu'à l'arrivée, certains ont passé 4 à 5 heures avant d'entrer sur le sol israélien.


Ce petit préambule pour vous expliquer que ce jour là, nos Français ont une petite appréhension en emportant avec eux...un oud.   Un oud, mon dieu! Car le bel instrument de musique arabe (qui a donné le luth européen),  fera  - se disent-ils - certainement penser à l'agent de sécurité  que les passagers ont quelque sympathie pour la musique arabe, donc la culture arabe, voyagé dans des pays arabes etc , qui sait quelque audacieuse sympathie pour les Palestiniens , pour finalement avoir  droit à un contrôle serré.

Lorsque l'agent de sécurité israélien , une jeune femme souriante,  jette un oeil curieux sur le oud, ça y est, comprennent-ils, le contrôle est parti.

Mais l'interrogatoire va les surprendre :

- Dans l'étui là , c'est un oud?

- Oui, j'en joue un peu, répond le Français  qui se prépare aux ennuis.

- Oh, vous êtes oudiste, je vous admire, c'est magnifique, j'adore ça.

Stupéfaction.

-Oui, j'ai  même un très bon ami qui joue du oud. C'est un grand artiste. Il ne donne pas de concerts mais il joue pour les amis.... Quand vous êtes à Paris, vous devriez le rencontrer. Tenez, je vais vous donner son nom, vous pouvez le voir de ma part ,  je m'appelle V....

Et l'interrogatoire tourne ainsi à l'aimable conversation, sans soupçon aucun. Les deux Français sont ravis de la rencontre.

Et la surprise n'est pas finie.
Au voyage suivant, la Française, seule cette fois, retombe sur la même agent de sécurité. Tout se passe à nouveau à l'amiable au point que la Française se permet de demander:

-Vous me contrôlez là, ainsi que les bagages. Mais le problème c'est qu'à Ben Gourion, souvent, ils recommencent, parfois longuement et je ne comprends pas pourquoi.
- Oui, ce n'est pas normal, explique V. Eh bien, si après les questions ils veulent vous fouiller à nouveau, dites leur que vous êtes déjà passé ici, donnez leur mon nom et dites leur s'ils veulent de me téléphone . Ils ne devraient pas vous inspecter comme cela ,normalement.

Et tout se passera comme elle le dit. A l'arrivée à l'aéroport Ben Gourion, nouveau contrôle . Au bout de 10 minutes, la Française proteste selon le conseil de l'agent parisien, indique le nom de V....  et on la laisse partir, sans autre forme de procès.

Moralité : vraiment, la musique adoucit les moeurs.

Par Denis Brunetti - Publié dans : Société israélienne - Communauté : l'actualité en général
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